Témoignage, Renaître après un Burn Out

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J’ai passé deux ans dans ma grotte, deux ans à détricoter tous les fils d’une ancienne vie démodée pour m’en redessiner une autre. J’ai passé deux ans en silence : à l’exception de deux ou trois âmes lumineuses et profondément aimantes, presque personne n’a réussi à me tirer de ma méditation solitaire. Je me suis confiée à la feuille car elle n’a pas d’oreilles. Il m’a fallu tout réapprendre, pas à pas ; le programme était si vaste que j’ai l’impression d’avoir escaladé l’Everest, d’être parfois retombée à 500 Mètres alors que je croyais avoir gravi le sommet et d’avoir dû tout recommencer encore et encore.

Je devais apprendre à m’aimer, à me respecter, à prendre soin de mon corps, de mes émotions, retrouver le bon usage de mon intuition, l’écouter, la suivre, me laisser guider, ne plus douter de moi, accepter mes qualités, accepter d’être belle au-dedans et au-dehors, colmater toutes ces brèches que le temps et la vie avaient creusées en moi, certaines ressemblaient à des gouffres… Accepter de poser mes limites, reconnaître que la douleur de l’autre appartient à l’autre, que je n’avais pas ou plus besoin d’en prendre la responsabilité pour l’aider, reconnaître que je « valais » bien le meilleur dans cette vie, m’autoriser à le recevoir, régler ma relation à l’homme, régler ma relation à la mère, régler ma relation au père, régler ma relation à moi-même avant tout, m’Aimer, pour de vrai, cesser de penser mes blessures pour mieux les panser. Durablement. Accepter de croire en ma bonne étoile, réintégrer l’idée que l’univers a tout mis en œuvre pour notre bonheur absolu, que tout ce qui doit être sera, et lâcher le tas de croyances que l’on m’avait incrustées dans le crâne à coups de marteau piqueur. Déchirer le juste-au corps de limites, qu’au fil du temps, j’avais appris à enfiler docilement, comme une seconde peau, pour ne déranger personne avec mes excès de joie. La vie d’avant s’était fait un malin plaisir à couper ma joie à la racine. Avec les années on finit par s’habituer, on n’y croit plus et on avance résigné. Jusqu’à ce que l’échafaudage s’écroule, comme un château de sable. C’est en poussière que j’ai commencé le chemin il y a deux ans. Je n’étais pas extérieurement dépressive, je continuais à sourire, à faire sourire plus que de raison et à ne jamais parler de moi. Pourtant à l’intérieur il n’y avait que cendres et poussières. Il a fallu nettoyer, beaucoup, souvent et longtemps. Jusqu’à ce que le ménage intérieur devienne une hygiène de vie, un automatisme, une automédication salutaire.

J’ai appris à ne plus vivre dans l’approbation de l’autre qui de toute façon me désapprouvait. Le changement menace les acquis de ceux qui vivent assis sur leurs certitudes. J’ai appris à ne plus rien savoir, à me mouvoir sur le fil de l’expérience et à n’en tirer d’autres conclusions que celles de l’expérience elle-même. Mes fondations en béton armé de croyances ont implosé et il m’a fallu reconstruire le sous-sol, pierre par pierre, passer d’une architecture horizontale à un mode de pensée vertical.

La zone de confort a sauté avec l’édifice.L’oscillation du hamac a remplacé l’assise figée du fauteuil de salon. Plus le temps de s’installer, j’ai dû retrouver le mouvement, à l’intérieur, savoir faire des pauses, prendre des forces pour me reposer avant de reprendre la marche dans les sables mouvants.C’est ainsi que, petit à petit, on devient expert en vigilance, que le sac autant que le pied s’allège.

On ne peut pas traverser un marécage assis dans son canapé et encore moins avec sa maison en pierres sur le dos. Lorsque l’on veut avancer, il faut choisir et savoir oublier sa zone de confort ; qu’elle soit mentale ou émotionnelle, cette zone-là n’est qu’une trappe de repli temporaire, un trou de souris qui sera bientôt envahi par des amas de poussières. Un jour, il faut bien en sortir, même si l’on a peur du chat.

J’ai appris à ne pas forcer les choses, à me défaire progressivement de l’emprise du mental, à écouter mon ressenti, à chaque seconde, à sentir la vie bouillir dans mon cœur plutôt que de suivre la route vrillée de ma volonté. J’ai appris à ne plus « vouloir » pour « laisser être ». Lorsque l’on reprogramme tout de la cave au plafond, on doit en passer par le lâcher-prise. Le réglage n’est pas immédiat, il y a du flux du reflux, du tâtonnement, on avance à vue, on trébuche, on se relève, on cherche encore, « ça n’est pas encore là mais ça brûle… un peu plus à droite, non pas ici », c’est de l’horlogerie de haut vol, tant que la pendule n’est pas calée sur le bon alignement, celui d’une confiance absolue, le système toussote. J’ai appris à être bien partout car partout n’est nulle part ailleurs qu’en moi. J’ai appris à ne plus regarder en arrière et accepté la naissance sous mes yeux d’un nouveau paradigme. J’ai vécu des moments de grand désenchantement, des plongées en apnée dans des puits de tristesse sans fond, des trous noirs où je ne comprenais plus rien. J’étais comme une poule qui aurait trouvé un couteau. Je le retournais dans tous les sens sans comprendre par quel bout l’attraper. Parfois je me suis blessée… Au cœur et au corps. Ce corps qui donne le diapason, m’a imposé de m’arrêter à plusieurs reprises.J’ai vécu des explosions en plein vol, des crashs catastrophes, des disparitions subites de personnes. Dans ces moments où l’on a tant besoin de soutien, la vie m’a aussi fauché tous mes tuteurs, je devais apprendre à marcher seule… Ca tombe bien c’était ma chanson préférée quand j’avais 3 ans … J’ai donc marché seule ou presque. Et puis, à force de tomber et de se relever, on se rapproche de plus en plus du réel. L’œil ne croit plus à ce qu’il voit il apprend à s’émerveiller de la beauté en étant conscient qu’il ne voit qu’une facette d’une réalité plus vaste. Lorsque le cœur prend le relais, on se sent soudainement plus vivant.  L’instinct s’éveille. J’ai appris à redevenir sauvage, une plante adaptogène indomptable.

Je ne me reconnais pas. Vous ne me reconnaissez plus. Celle qui vous manque ne reviendra pas. Elle a été minutieusement disséquée, morceau par morceau. On a commencé par la peau mais finalement tout y est passé. Je vous rassure il n’y a pas de sang, on a même refait la façade à l’identique pour ne pas trop perturber l’auditoire. Pourtant à l’intérieur, je suis morte mille fois et celle qui en renaît est prête à mourir encore chaque jour. Beaucoup de cloisons de l’égo ont sauté. Que c’est agréable de vivre dans un espace ouvert ! J’ai toujours rêvé d’avoir un loft avec une véranda remplie de plantes tropicales. Mon souhait a été exaucé, sauf que le loft il est à l’intérieur. Ce qu’on respire sans toutes ces cloisons inutiles !

Extrait de « Journal d’une Jungle », Au Cours de l’Ame – Tous droits réservés Alma On Earth 2016

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