SOUVENIR DE VOYAGE, Dans le Monde de Lumière

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« Finalement j’avais toujours été religieuse. Au sens premier du terme, « qui fait le lien entre » : Le sacré et le terrestre.

Toute petite déjà, je connaissais la façon de raccorder les fils invisibles du subtil entre eux. Je naviguais d’un fil à l’autre, évitant méthodiquement toute forme d’énergie grossière. J’avais une obsession étrange de l’ordre et m’employais à une forme de rituel quotidien consistant à ranger, nettoyer, ordonner puis observer le beau.

La nuit, j’empruntais mon vaisseau de lumière pour aller rendre visite aux âmes qui en avaient besoin. Au moment du couché, chaque soir, j’attendais avec impatience cet instant de grâce qui venait à moi, spontanément. Je commençais par relier mes deux mains par le bout des doigts, jusqu’à former un petit dôme. A partir de là, le processus s’enclenchait de lui-même, sans effort. Je ressentais mon corps dans une autre dimension, passant successivement d’une masse énorme et ronde, gonflée, un peu comme un ballon, à un simple fil aussi fin qu’un brin d’herbe qui se mettait à danser dans le vent. Immense, minuscule, lourd, léger, plein, vide. Je devenais élastique, chaque soir. Déjà, j’avais la notion de la grande vacuité de ce monde et une forme de détachement avec mon propre véhicule.

Puis, venait le point de bascule, celui où l’on tombe dans le vide, ce bref instant qui semble durer des heures : la chute vers le sommeil profond. Je n’en avais pas peur. Je plongeais dans ce vide, c’était grisant et comme je ne sentais déjà plus mon corps physique tel qu’on le perçoit à l’état de veille, je m’envolais. Et m’en allais traverser des univers.

C’était une grande joie que d’aller dormir, juste pour vivre ce moment.

Le matin, je revenais à la vie incarnée avec un trésor de souvenirs. Que de rêves, que d’informations. Je croisais tellement de monde « là haut » ou « là bas ». Bien souvent, je rapportais de mes voyages une prémonition.

La prémonition était même devenue monnaie courante et elle le resta durant 30 ans. Délestée du poids de la matière, mon corps de lumière allait à sa guise se promener dans le passé ou le futur, plus rien ne pouvait l’arrêter.

C’est ainsi que des années durant, j’ai nourri un univers riche et peut-être incohérent aux yeux du monde. Un univers de lumière qui contredit souvent les lois de la rationalité.

Dans le monde de lumière, tout est plus simple. Un mur n’est plus un mur mais plutôt un hologramme. On le regarde, on sait que c’est une image, puis, on le traverse et il disparaît. Ainsi va la lumière, elle pénètre tout.

Dans le monde de lumière, l’intention a valeur d’ordre. Se déplacer d’un point à un autre n’est plus un problème, il suffit de le vouloir et cela se produit. Qu’il s’agisse de traverser une maison ou plusieurs galaxies de part en part.

Dans le monde de lumière, l’immédiateté prime et seul l’essentiel vaut. Car notre essence même est la lumière. Lorsque l’on emprunte ce corps « essentiel », on va droit au but. On remonte la ligne du temps à toute allure pour y trouver une solution au problème actuel puis on  la redescend en sens inverse pour, peut être, aller jeter un coup d’œil à ce que le futur nous réserve. Mais en réalité ni passé ni futur n’ont d’existence propre. Il n’y a que de la lumière qui fabrique, avec ce quelle a à disposition, un certain nombre de possibles.

Enfant, j’allais voir le possible puis, j’attendais qu’il se réalise, qu’il se produise, au sens propre du terme, le produit d’une création plus vaste. Et il se produisait à coup sûr. Si l’on ne modifie pas les paramètres initiaux, l’univers façonne la réalité la plus évidente, celle qui prendra le moins de temps, avec les graines les plus germées, les karmas les plus accomplis, les sillons les plus tracés et les plus accessibles. Plus tard, j’ai appris qu’une prémonition pouvait être modifiée. Que voir à l’avance le possible peut nous permettre de travailler sur l’actuel pour transformer le cours des choses. C’est ainsi, aussi, que l’on guérit.

Le guérisseur n’a d’autre tâche que celle d’observer ce qui a germé, de remonter la ligne de causalité, le plus loin possible, parfois jusqu’à la racine pour venir y insuffler une graine de lumière.

Mais qui dit lumière, dit aussi ombre. L’un ne va pas sans l’autre.

C’est ainsi que le guerrier de lumière rencontre nombre d’écueils sur sa route, ce que l’on appelle des « entraves » ou bien encore des « oppositions ». Dès lors qu’un corps de lumière entre en action, mieux vaut savoir faire preuve de fermeté et de vigilance. Car la lumière attire l’ombre. C’est là que nous rejoignons les lois immuables de la physique.

Les religions ont toutes mise en place des sas de sécurité pour éviter ces écueils, des prières puissantes, des rituels, des limites aussi pour éviter que l’esprit n’aille se confondre dans des zones tumultueuses et dangereuses. Dans toutes les traditions, jusqu’aux plus séculaires on retrouve ces pratiques qui n’ont d’autre but que de protéger le vivant des forces obscures. C’est peut être cette conscience prématurée du clair obscur de la création qui a fait de moi une religieuse laïque. Mais ici bas, qu’il s’agisse de religieuses ou d’éclairs, je les préfère au chocolat ! »

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2 réflexions sur “SOUVENIR DE VOYAGE, Dans le Monde de Lumière

  1. cansot audrey dit :

    Chouette article., poétique et visant juste, en particulier le passage sur la faculté de l’univers à manifester les possibilités les plus évidentes, celles entraînées par « les graines les plus germées « à moins que l’on ne change les paramètres. Je pense que c’est très juste, de même que la dimension « préventive » de certains rituels religieux lorsqu’ils sont utilisés à bon escient.

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