Après la Jungle

J’avais quitté la jungle hier midi. Brutalement. Aussi rapidement que j’y étais arrivée deux mois et demi plus tôt.

J’avais ressenti le besoin de quitter le cocon de la communauté après avoir passé les dix derniers jours en pleine jungle sans eau ni électricité.

Premier constat. Lorsque l’on sort de la jungle, le monde civilisé est choquant de son inadéquation à la nature, à la nature profonde de l’être en son ensemble. Dans la jungle j’avais appris à vivre en harmonie avec la terre le ciel la faune et la flore. De retour à Samui, tout cela semblait si loin. Les gens semblaient pédaler à coté du vélo. Ils marchaient à côté de leurs pieds. Dans les yeux des touristes, un immense sentiment de tristesse de frustrations jamais exprimées.

Voilà ce que m’apportait la jungle et la love bubble. Une source inépuisable de joie, d’amour d’alignement avec mes aspirations profondes.

J’avais grandi de l’intérieur. Il m’avait fallu sortir de la baie pour le comprendre. J’avais eu envie de retourner à mes vieilles façons de penser, à mon confort. Mais ça n’était plus possible. L’esprit s’était aiguisé tout comme le corps et tous deux étaient désormais dans la position certes peu confortable d’une adaptation permanente, aux événements, au climat, aux êtres, aux imprévus, bref au flow de la vie.

Une nouvelle conscience émergeait peu à peu.

Tout à coup, retourner en arrière était impossible. Mon esprit si malin avait imaginé qu’il le pouvait mais il n’en était rien. Une projection, rien d’autre. C’était comme essayer de faire rentrer une pointure 42 dans une paire de chaussure taille 36.

D’ailleurs hors métaphore, parlons des chaussures.

Je n’en avais pas porté depuis maintenant deux mois et c’était très très difficile de marcher avec du caoutchouc sous les pieds qui me déconnectait de la terre. D’ailleurs au bout d’un journée à avoir oublié mes tongs un peu partout je m’attendais à les égarer d’un moment à l’autre.

Voilà comment je me sentais désormais. Grandie, plus consciente, plus vibrante et inapte à un retour au grand conditionnement.

Je réalisais à quel point nous vivions tous dans un monde conditionné par la peur.

Depuis le temps que j’implorais tara verte de m’affranchir de la peur, j’étais exaucée. La peur existait toujours et nous en avions tous besoin, c’était un moteur, un bouclier aussi parfois, une mesure de protection mais elle résonnait désormais en moi à un autre niveau. Je contemplais la peur et mon rapport à elle au lieu de me laisser saisir par elle et de la saisir moi même comme réelle.

Maintenant la question était de continuer à agir par la confiance et non par la peur. Insuffler çette énergie du coeur dans chaque instant, chaque pas’ chaque action et chaque pensée pour vivre en conscience, bien ancrée, les deux pieds dans la terre et la tête reliée au ciel.

Une multitude de possibilités s’ouvraient devant mes yeux conscients de la grande impermanence.

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