L’aigle Noir, chronique d’une apprentie Chamane

19 Février 2014, Thaïlande

J’avais déjà expérimenté le Transformational Breath Work quelques mois plus tôt, ici-même.

Le guide c’était Daisy, un adorable bout de femme, la petite quarantaine aux allures de louve de la jungle.

La première fois que je l’avais rencontrée, dans le hall de méditation, à flanc de colline, c’était en 2013.

Et j’avais passé plus de temps à compter ses nombreux bracelets de cheville, bras, avant-bras et autres breloques locales, qu’à écouter ce qu’elle disait.

Daisy était sauvage, c’est ce que j’aimais en elle. On pouvait deviner en la regardanr qu’elle n’avait jamais lâché son chemin de vie et que les rencontres sur sa route l’avaient façonnée, transformée.

La transformation, il n’y a rien de plus beau.

Cette femme avait une âme de grande chamane.

Apprendre à respirer

Le principe de la respiration consciente est très simple : il s’agit de respirer en boucle. Un peu comme un disque rayé.

On inspire et expire par la bouche sans jamais s’arrêter, créant ainsi un flow, un courant, une circulation d’air auquel notre précieux corps humain n’est pas vraiment habitué en temps « normal ».  Mais pas de risque d’éternuements pour autant, on gère les courants d’air d’une autre façon  !

En début de séance, la coach se livre à une courte démonstration suivie d’une minute de « toning », un étrange exercice qui consiste à se secouer comme un malade, à même le sol, en poussant des cris assez primaires… et ce, dans le but de revenir sans cesse à cette méditation toute respirante.

Au départ ça surprend un peu, j’en conviens.

La première fois que j’ai vu à quoi ressemblait le-dît toning, tout ça faisait beaucoup de bruit et j’étais fascinée par les allures de guerrière de notre chère Daisy.

Moi aussi je voulais avoir la peau bronzée, être pleine de bracelets et ressembler à une liane de la jungle qui tinte comme une armée de clochettes lorsqu’on la secoue!

Bon, passées ces considérations ethnico-esthétiques,  nous sommes rentrés dans le vif du sujet. C’est à dire : respirer

La séance durait une heure et demie.

La première demi-heure fut assez calme jusqu’à ce que je commence à entendre autour de moi d’étranges gémissements suivis de pleurs, d’éclats de rire de grognements d’ours.

Nous étions bien en train de vivre quelque chose de grand et tout le monde avait l’air suffisamment fou pour me donner envie de me lâcher.

Mais non. Pas cette fois.

Ce n’est pas spontané le lâcher prise. Il faut être capable de s’y autoriser.

Cette première séance, si ce n’est un léger bien-être et une bonne dose de folklorisme n’avait donc pas été la plus concluante.

J’écrivais quand même quelques lignes en sortant où j’avouais avoir senti une forme de tristesse s’échapper de moi, comme de l’ancien qui s’évacuait à vitesse grand V.

Il m’a fallu 3 séances pour que mon mental veuille bien « lâcher le morceau », si je puis m’exprimer ainsi.

À la troisième séance nous étions le 18 août 2013, j avais précisément 32 ans et demi (oui, c’est bien connu, en numérologie, les demis comptent autant que les chiffres ronds).

Ce jour là, d’un coup, après une heure de respiration, mon esprit a été comme pulvérisé et j’ai revécu en quelques minutes une expérience intense, très similaire aux voyages chamaniques que j’avais pu faire dans le passé, mais cette fois simplement à l’aide du souffle.

Réaction à chaud :

« Le souffle allait et venait dans la moiteur des tropiques quand soudain son esprit, son coeur et tout son être furent propulsés au plus profond de la blessure. Telle  une fourmilière, grouillante, la blessure parlait, elle aussi elle respirait.

Dans un dernier halètement elle fit exploser la fourmilière. Une épaisse fumée noire s’en dégageait. Et chaque nouvelle inspiration en extirpait le sang souillé. »

Inutile de mentionner qu’après ce puissant et profond nettoyage, ma vie a changé du tout au tout et que je me suis sentie pousser des ailes.

Pour l’anecdote, je suis partie le soir même, digérer ma victoire à la rave party la plus proche en m’agitant comme une demeurée pendant près de 4 heures, sans absorber ni une goutte d’alcool ni quelque substance que ce soit. Et je planais !

Quant aux conséquences de l’expérience dans ma vie parisienne, c’est une autre histoire mais les effets collatéraux furent nombreux.

Toujours est il que nous sommes aujourd’hui le 19 février 2014.

Hier soir, j’ai fêté dignement mon entrée dans l’âge de raison (dit aussi christique) en me déhanchant sur la piste de l’Eden, cette boîte de nuit sur pilotis qui surplombe la baie de Hat Yuan et qui porte bien son nom.

Et puis ce matin, c’était le grand matin. Après un réveil un peu difficile j’ai rejoint le groupe qui se prêtait aujourd hui à la transformation. Daisy est là, égale à elle-même quoiqu’un peu fatiguée.

Nous commençons à respirer et à ma grande surprise ma cage thoracique est étroite, bloquée et à peu près aussi accessible qu’un coffre fort.

Une heure durant je persévère espérant que quelque chose se passe… En vain.

J’avais ouvert le souffle 6 mois en arrière ici même mais avais eu tôt fait de récupérer mes automatismes à mon retour à Paris.

De sa main douce Daisy me guide plusieurs fois pendant la séance. J’entends sa voix me dire d’avoir confiance en ce que je ressens, de laisser les émotions sortir.

La fin de la séance approche. Bercée par la musique tribale du studio, je perçois de loin la libération plus ou moins bruyante de mes camarades. L’un d’entre eux hurle littéralement dans son coussin supposé étouffer le son.

Mais, à mon grand désespoir, rien ne s’est encore passé pour moi quand soudain, un tremblement une convulsion de tout mon corps m’envahit.

Une vision se détache. Une sorte de mollusque d’aspect visqueux et vert qui émerge de la terre.

Puis une deuxième secousse me fait entrer dans le vif du sujet.

Je perçois clairement le son et l’image d’un claquement d’ailes noires.

Je sursaute. A ce moment précis, dans mon thorax qui semblait si verrouillé seulement quelques minutes en arrière, la transformation est en train d’avoir lieu.

Je tremble… J’inspire et expire à grandes goulées.

Mon souffle saccadé, à mi-chemin entre celui d’un rescapé de la noyade et celui d’une femme en plein accouchement, rythme ma respiration.

Je vois ces ailes immenses… elles ne rentrent pas dans mon corps trop étroit et pourtant si, ce sont les aigles du condor qui se déploient en moi. Je suis le condor. J’ai intégré le condor, dans sa magnificence et sa noblesse, il fait désormais partie de moi. Ces immenses ailes noires se sont déployées en mon cœur en une fraction de seconde.

L’émotion est grande. La rencontre inattendue, magique.

J’expire. J’ouvre les yeux. Mon regard est vitreux. Je me redresse et j’ouvre les ailes. Je suis la femme je suis le condor, je suis la jungle, je suis le cœur aimant. Je suis tout et rien. Je suis vacuité. Liberté…

Plus d’info sur le Transformational Breath ici :transformationalbreath.com

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